J’ai été invitée à voir une pièce de théâtre jouée par des ados de 5e secondaire en option théâtre d’une école de la Rive-Sud. J’ai été éblouie. Non, pas éblouie par le talent des jeunes ou par la mise en scène formidable. Éblouie par les adolescents, ces êtres qui commencent (et c’est maintenant que je m’en rends compte) à me manquer et qui sont probablement la seule raison qui motivera mon retour au travail après mon congé de maternité (bon, il y aussi un peu le fait que les 32 semaines rémunérées par l’assurance-emploi s’achèveront, mais ça c’est un peu moins beau à affirmer…).
En attendant l’ouverture des portes du théâtre ce soir-là, j’ai été submergée par une foule d’ados et je les ai observés un peu. Premièrement parce que les ados sont tout à fait passionnants et deuxièmement parce que quand il y a plusieurs ados dans un endroit, ils sont tellement intenses, tellement exagérés et tellement exubérants qu’on n’a juste pas le choix de les observer.
J’aime les voir se capoter dessus. Les copines qui se vont vues à l’école le jour même se garrochent dans les bras l’une de l’autre le soir comme si elles se retrouvaient après une détention de quelques années à Auschwitz, comme si elles avaient la surprise de voir que l’autre avait survécu à l’enfer. La procédure, chez les adolescentes, est toujours la même : apercevoir sa best dans la masse de gens, hurler son nom en dirigeant vers en elle d’un pas exagérément sautillant, les bras tendus comme pour saisir le Saint Graal, attendre que la best en question entende le cri et se mette à son tour à produire un bruit aigre, se jeter dans ses bras en sautant sur place (variante : se jeter dans ses bras en dansant sur place). Pour les adolescents, le principe de fond est le même mais en général, on ajoute l’attitude totalement nonchalante. Le jeune aperçoit son grand chum dans la masse de gens, il se déplace vers lui en faisant mine de ne pas l’avoir vu et attend que l’autre fasse lui aussi semblant de ne pas l’avoir remarqué. Quand les deux protagonistes sont bien certains que l’autre fait semblant de ne pas être au courant que la rencontre est imminente, au dernier moment, les yeux quittent le sol et se rencontrent en même temps que les mains. La poignée de mains d’usage est ferme tout en étant blasée (pour l’attitude toujours) et dans certains cas comporte un toute petite et discrète touche distinctive.
Les ados sont trippants. J’aime leur façon de ne jamais prendre rien avec un grain de sel, de toujours capoter ou alors j’aime leur façon de trouver que tout est absolument poche et blasant. J’aime leur façon de croire que PERSONNE ne les comprend ou alors j’aime comme ils croient que leur best les comprend ben trop…c’est comme si c’était ma sœur, men je capote…
Même quand ils m'énarvent complètement, quand ils essaient d'être les pires plaies du monde dans ma classe, quand ils jouent la game du je-m'en-fous-de-toi-pis-ton-cours-anyway-y'est-plate, quand ils essaient de me faire croire qu'ils sont méchants et mauvais, je trouve les ados adorables!