J’écris…au fait, est-ce qu’on dit dans ce blogue ou sur ce blogue? Disons que j’écris ici le lundi.
Lundi, ce jour ingrat du début de la semaine. Lundi, l’inévitable lendemain du dimanche, le grand jour de la morosité. Or, que ce soit lundi, mercredi ou samedi, le charmant chérubin qui fait désormais partie de ma vie boit autant de biberons, prend son bain à la même heure et souille autant de couches. Mes textes ne seront donc aucunement influencés par le fait d’avoir été rédigé le dimanche. Alors que parfois, quand on profite de longues vacances, il arrive qu’on ne sache plus quel jour de la semaine on est et d’en être complètement enchantés, quand on est en congé pour cause de maternité, il n’y a plus rien d’enivrant dans le fait de ne plus pouvoir se situer sur un calendrier. En fait, c’est le concept de jours de la semaine dans son ensemble qui cesse d’avoir un sens. En congé de maternité, le lundi n’a d’autre signification que celle d’être l’hebdomadaire féminin le plus complet au Québec et la semaine celle d’être le seul magazine indépendant du Québec.
La seule référence qui permet de se repérer sur le moment de la journée ou de la semaine devient la grille horaire télé. Toujours, mais vraiment toujours ouverte, la télévision devient presque le seul lien avec l’extérieur, la preuve que le monde continue à tourner ailleurs qu’autour du nouveau-né. De toute façon, regarder la télévision est vraisemblablement la seule activité qu’il est possible de pratiquer en même temps que l’on donne un biberon (que les mères qui ont une autre opinion sur ce sujet n’hésitent pas à me confondre). De toute ma vie, jamais je n’ai autant suivi aussi assidûment les jeux olympiques d’hiver. Je connais maintenant la plupart des athlètes favoris et ce, dans la plupart des disciplines. Entre autre, je me suis tapé presque religieusement tous les couples de patineurs en danse et leur identique et lancinante valse (le mot n’est pas de moi mais bien de Richard Garneau qui, je le rappelle, commentait ladite danse…c’est dire!) imposée au programme court. J’ai suivi les deux descentes de chacun et chacune des athlètes du passionnant (…) skeleton. Certains soirs, j’ai même été jusqu’à regarder la reprise de certaines épreuves que j’avais déjà suivies durant la journée. Pendant deux semaines en fait, mon enfant a découvert le monde bercé par le son de la voix d’Alain Goldberg, de Claude Quenneville et de Marie-José Turcotte. Mais bon, enfin la cérémonie de fermeture a eu lieu et je peux sortir de mon infernal cercle vicieux olympique.
Le problème est cependant plus vaste. Malheureusement, quand on vit l’enfer d’une relation fusionnelle avec la télévision québécoise, les chances de devenir autiste sont nombreuses. Et j’ai perdu la tête. Et parce que le fait de s’ouvrir et d’en parler est le premier pas sur le chemin de la guérison, je vais m’assumer, ici-même, pour la première fois. Un soir, était-ce mardi ou encore dimanche dernier, je me suis rendue à l’évidence. Je me suis dit (car depuis que je souffre d’aliénation mentale, j’ai tendance à m’adresser à moi-même comme à une autre personne) : Eh bien ma pauvre fille, il va falloir que tu l’assumes, tu es en train d’orchestrer ta journée pour que le boire de début de soirée tombe exactement à 19h et ce, dans le but très précis de t’assurer que ton bébé sera silencieux puisqu’il tètera, te permettant ainsi d’entendre les moindres insipidités prononcées par les lofteurs dans la salle de bain ou dans la chambre des maîtres. J’ai eu beau, dans le passé, scander avec fougue que l’idée d’enfermer six prostituées et six abrutis dans un appartement luxueux et de filmer leur pathétique quotidien relevait du plus grand mauvais goût, je fais dorénavant partie de ces gens qui écoutent LoftStory. Voilà. Je l’ai dit. Le pire est derrière moi. Je suis fière de moi car je fais maintenant face à mon problème. J’ai cessé de nier la réalité, la télé-réalité. Le trajet sera long et non sans embûche, mais je sais que j’y parviendrai et que peut-être, avec un peu de travail et beaucoup de volonté, je pourrai plus tard aider d’autres femmes qui seront aux prises avec ce vicieux et sournois intérêt malsain pour une émission de télé-réalité.
Ainsi, des cinq collaborateurs à ce projet, je serai celle qui représente, et ce contre toutes mes attentes, la catégorie des femmes au foyer, des mères de famille, des lectrices de revues nous présentant Élizabetta comme étant la nouvelle star du Québec, des fans inconditionnelles de France Castel (celle qui va droit au cœur de ses invitées), de celles qui rêvent secrètement de déjeuner avec Ricardo après une nuit de tendresse dans ses bras, de celles dont le rêve le plus fou serait de participer au match des étoiles, de celles qui trouvent attachantes et authentiques les deux filles le matin et celles qui se demandent si Francis Reddy, on le sait tu donc c'est qui sa blonde?.
La table est mise.