
Je n’aime pas la Saint-Jean. Pour deux raisons.
La première est que je ne suis pas une bête de foule. Donnez-moi un ami, je vais bien. Donnez-moi deux amis, je vais super bien. Donnez-moi quelques amis, je suis fou comme de la
marde. Donnez-moi une foule, je ronchonne, je bougonne, je veux juste rentrer chez moi. C’est pour ça qu’aucun des festivals à Montréal ne me plaît : trop de monde. Qu’à cela ne tienne, je pourrais écouter le show de la Saint-Jean directement de mon domicile, bien pénard, seul ou avec quelques amis. Pourtant, je ne le fais pas. Ou à peine, par curiosité, pour vérifier mes hypothèses. Pourquoi? Pour la deuxième raison, évidemment.
La seconde, donc, c’est le fond de l’air de notre fête nationale. Car, même si ce l’est moins qu’il y a 15 ou 20 ans, ce n’est plus la célébration saine de notre nationalité. Non, c’est celle de notre prétendue souveraineté. Oh! Bien sûr, il y a France d’Amour qui attise les foules sur les Plaines à Québec, simple et franche, alors qu’au Parc Maisonneuve, Pierre Lapointe, qui semble s’emmerder royalement, chante «Quand les hommes vivront d’amour» en duo avec Doriane Fabreg. Ils sont là pour le spectacle, stimulés par le
fun ou le
cash, c’est selon. Rien à reprocher à ça. Mais quand on demande à Raymond Bouchard de lire des textes patriotiques, alors là, là mes amis, je zappe à Opération Chimpanzé au Canal Z.
Une fête nationale, dans ma petite tête, c’est une fête qui doit être représentative d’une grande majorité des habitants, de l’âme qui habite son pays. Si le souverainisme était bien représentatif, on se serait séparé depuis longtemps!
Avant que vous me lanciez des roches d’un côté ou que vous m’applaudissiez de l’autre, sachez que je ne suis ni fédéraliste, ni séparatiste. Je suis dans un endroit nébuleux, entre les deux, où je me questionne. D’accord, on s’est fait fourrer par le Canada anglais pendant longtemps. Peut-on passer par-dessus? Peut-on leur pardonner et aller de l’avant? Ou faire la souveraineté, soutenue par autre chose que des textes à la sauce «Je me souviens»? Les autres provinces ont-elles une fête nationale, autre que le 1er juillet? Et pourquoi on n’appelle pas ça une «fête provinciale»? Est-ce que juste le nom n’est pas déjà porteur de souverainisme? Je ne sais pas, je ne sais plus.