En allant de l’avant, vous acceptez que nous démolissons, critiquons, encensons, fustigeons, esquintons, glorifions, magnifions, massacrons les sujets de notre choix. Nous le faisons en connaissance de cause ou non, dans le but de ressasser gratuitement de vieilles opinions, de jeter un œil différent sur des débats actuels, de s’engager avec audace dans des thèmes nouveaux et de partager nos points de vue sur les petites insipidités de la vie. En entrant sur ce site, vous convenez donc que le sérieux et l’érudition de nos propos sont personnels et non sans failles et que, par conséquent, nous sommes ouverts à tout commentaire ou mise au point.

vendredi

Sommet de la Bêtise

Il y a cinq ans, presque jour pour jour, j’avais les deux pieds dans l’Histoire. Pour une rare fois, j’étais au bon endroit au bon moment. Après quelques mois d’errance européenne, j’avais posé mon sac à dos chez ma sœur, à Québec, le temps de décider ce que j’allais faire ensuite. J’ai pris le Sommet des Amériques en pleine gueule.

Nous avions regardé, étonnées, le quartier St-Jean-Baptiste être défiguré par une immense barrière qui nous empêchait l’accès au Vieux- Québec. Nous étions juste à l’extérieur du périmètre de sécurité, en bas de la côte du Grand Théâtre, où les affrontements les plus violents ont eu lieu. Nous nous sommes fait poivrer comme des salades, parfois même à l’abri DANS l’appartement! Sortir acheter une pinte de lait est devenu une aventure.

Tous ces gens dans les rues, le chaos ambiant, m’ont permis d’imaginer ce que c’est que de vivre à Tel-Aviv. Bon, je n’ai à aucun moment craint pour ma vie, mais c’est étrange de vivre au milieu d’une foule criante et mouvante pendant une semaine, de venir en aide à des manifestants aveuglés en leur offrant des mouchoirs mouillés ou vinaigrés. Les rumeurs les plus folles courraient, des gens prenaient la parole à tout moment, sur un bloc de ciment ou une boîte aux lettres, pour crier « la police arrive » ou encore « le sommet est annulé ». L’anarchie pure et simple.

Un soir, nous étions des milliers à l’Ilot Fleuri. Peut-être connaissez-vous cet étrange endroit de la Basse-Ville, sous les piliers de l’autoroute, juste en bas du cap qui coupe la ville en deux. Il y avait un grand feu, en plein milieu d’une bretelle d’autoroute, et les gens battaient le rythme sur les remparts en acier, sur les panneaux de signalisation, sur n’importe quoi. Des filles à rasta dansaient sur ce rythme transcendant, tout ça sous l’œil vigilant de l’escouade anti-émeute, longue ligne noire et inquiétante qui nous observait du haut du cap. Sur le coup, j’étais à Paris en mai 68. J’étais sur la Place Tiananmen. J’étais à Kiev, Place de l’Indépendance, en 2004. Ou à Berlin en novembre 1989. Mon cœur battait la chamade et je pensais qu’était venu le soir de la Révolution. Le pot était bon, me direz-vous…

Deux mois plus tard, dans une ville d’Italie assiégée de la même façon, un jeune manifestant est mort. Il s’appelait Carlo Giuliani et avait 23 ans. C’aurait pu se passer à Québec. Ce jeune, c’aurait pu être moi. Pour marquer l’Histoire, il était au bon endroit au bon moment.

Pour moi, l’été 2001 a marqué la fin de mes illusions.

jeudi

Femmes au volant

Vous savez, les petites injustices au quotidien. Rien pour remettre en question votre conception de l’univers ni pour vous donner envie d’étriper votre voisin, mais tout de même. Vous faites votre petit bonhomme de chemin à vitesse grand T (pour tortue) dans l’embouteillage qui vous mènera au pont quand soudain, venu de nul part, un immense Hummer dépasse tout le monde, deux roues sur le trottoir, et fini par vous couper comme si de rien n’était. Ou encore vous marchez une journée entière dans les rues de Montréal en essayant de ne pas vous faire écraser par les voitures qui passe impunément sur les rouges, vous en comptez 7 en une journée, et bang, un policier zélé vous donne une contravention pour ne pas avoir traversé à l’intersection! Ou encore… Bon, vous avez compris. Deux poids deux mesures. Est-ce que ça ne nous fait pas un peu chier?

Alors vous allez me comprendre.

Parmi les grandes victoires du mouvement féministe, il y a bien sûr eu la conversion des tavernes, symbole de l’exclusion des femmes, en brasserie. Pas que tant de femmes voulaient aller boire dans une taverne plutôt qu’au bar du coin, mais c’était question de principe. Désormais les femmes lutteraient sans relâche pour n’être plus exclues, pour prendre leur place dans toutes les sphères de la société, dans tous les lieux. Il reste du chemin à faire dans les lieux de pouvoir, mais pour ce qui est de l’accès physique des femmes, la question ne se pose plus vraiment. Le concept de l’égalité s’est même étendu et prohibe maintenant toute forme de discrimination.

Or, v’là-tu pas que l’autre jour je suis passé devant un centre de conditionnement physique pour femmes. Sans doute que celles qui choisissent un tel centre y recherchent une atmosphère plus calme et surtout la possibilité de s’entraîner sans toujours avoir le regard d’un homme pour la cruiser ou la trouver donc moche. Peut-être. Mais à ce compte là, est-ce si différent d’une taverne. Les hommes s’y réunissaient pour être entre eux, pour rigoler, dire les pires grossièretés ou désespérer entre eux, sans le regard d’une femme à deux tables de là. Oui, je sais qu’il y avait plusieurs clubs privés pour hommes riches et puissants et que leur ouverture aux femmes a permit l’accès à des cercles d’influence jusqu’ici exclusivement masculins. Mais l’égalité, c’est pour tout le monde et pas juste quand ça nous arrange. Ou bien tous ces lieux sont mixtes ou bien on permet certaines retraites unisexes pour les deux.

Il existe actuellement des centres pour femmes dans le besoin, des groupes d’entraide pour hommes, des vestiaires… en somme certains espaces qu’on considère normal d’être unisexe. C’est bien comme ça. Pour le reste, ne devrait-on pas fermer les centres pour femmes ou ré-ouvrir les tavernes?

mercredi

Carnassiers


Ce matin, comme chaque jour en marchant vers l’école, j’attrape au passage l’hebdo 24 heures distribué gratuitement par Québécor Média (argh!) devant la station de métro Beaubien. Je le lis en route, donc en diagonale, et je fais fi des gros titres genre «Des académiciens en tournée» ou «Les cols bleus disent : assez!»

Mais, en ce début de 18 avril ensoleillé, un tout petit titre attire mon attention : «La nouvelle trousse Oral B». Ne me demandez pas ce que ça fait là, entre l’attentat en Israël et Moussaoui qui a eu une enfance difficile. Mais je lis et je m’arrête net, le genre d’arrêt qui fait chier les piétons derrière vous parce que soudain votre conscience de l’espace cesse d’exister.

Je ne citerai pas, j’aurais l’impression d’encourager une industrie qui commence à me les casser royalement. Il suffit de savoir que Josée Lavigueur, une «sommité» de l’aérobie, la Jane Fonda du Québec, affirme que pour compléter adéquatement un conditionnement physique intense, une hygiène buccodentaire est essentielle. D’un côté sa photo, de l’autre la fameuse trousse comprenant une brosse à dent électrique et le très à la mode whitening.

On nous le répète depuis qu’on est haut comme ça (je laisse le «comme ça» à votre discrétion) : mange bien, fais de l’exercice, instruis-toi, brosse-toi les dents, lave tes mains avant le repas, gnagnagna. À juste raison et je remercie mon entourage d’avoir longtemps tenu son bout là-dessus. Or, je trouve totalement inacceptable qu’on me casse encore les oreilles avec ce genre de discours culpabilisant dans un journal (vite dit!), particulièrement au nom de la sacro-sainte IMAGE.

L’image. La maudite image. Celle qui hurle qu’il faut que tu aies l’air d’un modèle de Elle Québec pour être socialement acceptable. Celle qui m’ordonne d’avoir la dernière coupe de cheveux à la mode. L’image qui me crie de porter ma chemise comme Wilfred, qui me dicte d’épiler mon sourcil au sortir de la douche, qui affirme que ma peau a absolument besoin de la lotion Positively Radiant. Toujours la même qui donne le droit aux autres d’avoir un haut-le-cœur quand je clame ne pas aller au gym ou un clignement des yeux poissonneux si je me prononce contre les salons de bronzage. Et, désormais, l’image qui dit qu’on peut me lapider sur la place publique si je n’ai pas les dents aussi blanches qu’un blanchon sur la banquise.

Voulez-vous nous crisser patience? Pourriez-vous nous laisser vivre en paix? Nous laisser le droit aux cheveux tous croches, au bourrelet agréable, aux joues replètes, au teint pâle, aux coloris dépareillés, au farniente et à tout ce qui fait qu’on est bien comme on est. On me dira que c’est mon choix, que je dois en prendre et en laisser, que je suis libre. Serons-nous toujours aussi libre quand il n’y aura plus que du dentifrice blanchissant sur les étagères des pharmacies Jean Coutu alors que nous voudrons du Close Up à la cannelle? Gens ordinaires, unissez-vous! Sue aux carnassiers de l’image qui nous grugent, qui sapent notre bonheur de vivre et d’être soi!

mardi

Passage obligé

Josélito a mis le doigt sur quelque chose de tellement troublant pour le commun des mortels que cela lui a permis de revenir d’entre les morts lui-même pourrait-on dire. Comme le phoenix, il renaît de ses cendres et voilà que tout le monde en parle.

La mort vient nous chercher, que se soit au bout d’une longue maladie, seule dans sa cuisine ou à quatre, dans une voiture qui termine sa course scindée en deux par un arbre. La mort est pour tout être vivant l’ultime certitude, elle est inévitable.

Pour ceux que la mort vient chercher, le travail est enfin terminé, la tâche est acquittée, mais pour ceux qui lui survivent leur part ne fait que commencer, car au moment où la mort libère une personne de son fardeau vital, elle oblige tous ceux qui sont touchés de près ou de loin par son décès d’entretenir son souvenir, d’honorer sa mémoire. Un devoir qu’il nous revient d'accomplir tant et aussi longtemps que d’autres ne soient pas chargés de nous octroyer le même dû, l’instant de notre mort venu.

Ce qui me conduit à penser que la vrai mort survient au moment où notre mémoire sombre dans l’oubli, quand plus personne ne se souvient de notre nom, ne se rappelle notre visage, n’entends plus notre rire ne serait-ce qu’en rêve. C’est à cet instant que s’éteignent définitivement des centaines de vies.

Qui se souviendra de nous quand tous ceux qu’on a connus auront été oubliés? Je n’en sais rien, probablement personne. Mais en attendant qu’on m’oublie, je ferai respectueusement ma part avec plaisir.

lundi

Moi, Kirk, Sheldon, Alexeï et les autres...

J’aime les Canadiens. Je les trouve beaux, forts, grands et impressionnants. Je les trouve bons, séduisants et sexy. Je les admire ouvertement, ils me passionnent. Je suis une fan du Canadien de Montréal (on a tout de même pas pensé ici que je parlais des Canadiens du Canada…si?). Pas tellement par amour pour le hockey, sans être spécialiste de la LNH et de ses nouveaux règlements, ni tellement au courant de comment ça se passe dans les autres équipes de la ligue. Je suis fan des Canadiens comme on est fan de U2. J’éprouve pour certains joueurs une admiration sans borne, pour d’autres, un amour infini…Un amour fantastique, pur et vrai. Comme l’amour que mes amies adolescentes pré-pubères éprouvaient pour Joe McIntyre.

Petite, je connaissais les noms des joueurs et leurs numéros, j’ai même momentanément collectionné leurs cartes que je collais dans un cahier prévu à cet effet.

Adolescente, j’écrivais en belles lettres colorées et fleuries dans mon agenda le nom de Kirk Muller et je croyais profondément qu’il y avait quelque chose de formidable dans le fait que mon adresse civique était le 11, le numéro de mon idole, Kirk, le beau grand capitaine des Canadiens. J’avais même fait croire à une fille de l’école que je sortais avec lui. Je m’étais inventé un père influent dans le milieu des affaires, une soirée bénéfice à laquelle je l’avais accompagné et lors de laquelle ç’avait été le coup de foudre instantané entre Kirk Muller et moi. J’ai passé des minutes follement délicieuses à lui décrire cet instant magique où nos yeux s’étaient rencontrés, ce moment fatal où nous avions compris, Kirk et moi, avant même que ne soit prononcée la première parole, que la vie ne serait plus jamais la même, que plus jamais nous ne nous quitterions et que seule la mort pourrait nous séparer. Puis, mon influent père nous avait présentés, Kirk avait prononcé mon nom avec son accent craquant et il n’avait plus été nécessaire d’en dire plus. Nous savions. C’était lui et moi. Pour toujours. 2gether, 4ever. C’était en 93. Les Canadiens faisaient les séries, c’était le printemps et pour une adolescente un peu naïve dont j’ai oublié le nom, j’étais la blonde de Kirk Muller. Et je l’ai tant aimée de me croire. Elle avait compris qu’il ne fallait pas ébruiter notre relation…nous voulions, Kirk et moi, attendre que j’atteigne la majorité avant d’officialiser notre union, avant de s’unir devant Dieu et devant les hommes. Je l’ai tant appréciée, la candeur de cette fille qui me demandait, dans la plus grande discrétion, des nouvelles de lui, qui voulait savoir si je lui avais parlé la veille, qui comprenait à quel point j’étais stressée pour lui et combien j’étais, moi Amélie, un support essentiel pour le capitaine du Canadien de Montréal, l’équipe qui allait remporter la coupe Stanley. Un peu grâce au talent de ses joueurs, beaucoup grâce à cet amour puissant qui avait envahi le cœur de son capitaine…

C’est pourquoi j’ai été très surprise l’hiver dernier quand mon père, devenu dernièrement un influent chirurgien de l’hôpital pour enfants de Montréal (ben quoi?), m’a demandé de venir lui donner un coup de main lors de la visite des joueurs du Canadien aux enfants malades. En posant les pieds sur le seuil de l’hôpital, j’ai tout de suite senti que cette journée allait changer le cours de ma vie. Je pressentais que je marchais vers mon avenir, comme attirée par une lumière invisible pour les autres. Puis, je l’ai vu. Il était planté dans le corridor de l’hôpital, comme si ma présence, avant même qu’il ne me voit, l’empêchait d’aller plus loin, l’empêchait de s’éloigner. Et nous avons compris. Et il ne faisait plus aucun doute que nous étions faits l’un pour l’autre. Dès cet instant, j’ai su que jamais rien ne nous sépareraient, Alexeï Kovalev et moi.

Je promets d’être pour lui ce même support que j’ai été en 1993 pour Kirk Muller. Je le guiderai vers la victoire, ses succès seront aussi les miens. Les Canadiens gagneront la coupe Stanley cette année.

Je dois maintenant publier ce texte au plus vite, j’ai une coupe de petites pilules à prendre. Mais n’hésitez pas à me demander des nouvelles d’Alexeï, il me fera plus que plaisir de vous tenir au courant…