Bon, d'accord, je suis pas le bon jour. Je dois en principe écrire chaque mercredi et que le mercredi. Mais ce texte en sera un d'exception. Car je ne vous ferai pas part d'une opinion politique, sociale ou culturelle. Aujourd'hui, pour la première fois sur ce blogue, vous aurez droit à un aveu digne des journaux les plus intimes de la terre. Je vais vous montrer un peu de mon âme. Et je ne suis même pas ivre!
J'ai peur. J'ai atrocement peur de ces trois mots. Ceux du titre, là. Vieux. Con. Seul. Et uniquement cette combinaison. À la limite, être vieux et con, je pourrais encore. Vieux, je me fouterais d'être con. Con, je me ficherais d'être vieux. Mais ajouter le «seul» à l'équation et je perds les pédales. Évidemment, je ne serai jamais tout à fait seul; il y aura toujours ma famille, mes amis très proches et les autres petits amis dans ma tête... Je parle plutôt de la solitude du coeur, la moitié manquante ou la moitié perdue.
La moitié perdue, c'est triste, mais il en reste la nostalgie. Le souvenir des bons et moins bons moments, des émotions, des plaisirs. C'est souvent la moitié d'une vie à deux, celle qui subsiste alors que l'autre s'en est allé trop tôt.
La moitié manquante, c'est celle qu'on a jamais eu. C'est la pire des solitudes parce que des souvenirs à deux, il n'y en a pas. L'absence, le vide, le néant. Pendant toute la vie, un coeur qui aurait pu battre tendrement pour deux n'a battu que pour lui seul. Dans certains cas, il s'est désséché dans le désespoir. Dans d'autres, c'est l'espoir qui l'a abîmé.
Dans quelques temps, je célébrerai cinq ans de célibat, ponctués de rejets constants. Je ne sais pas trop comment expliquer ce que je ressens. C'est un vide tellement grand que j'ai parfois l'impression que mon coeur est une espèce de trou noir, que je vais me replier sur moi-même et cesser subitement d'exister. Il y a des gens qui vivent parfaitement bien seul. Moi, je suis fait pour vivre à deux. Ce n'est pas que je n'arrive pas à être seul. Ni que je sois un dépendant affectif profond, sinon j'aurais pris la première tache pas trop moche sur l'étalage et hop! ç'aurait été réglé. Est-ce que c'est à cause de la pression sociale, du modèle familial ou du subconscient social judéo-chrétien? Je ne le sais pas. Sauf que le «pourquoi», je m'en fiche pas mal. Ce que je veux, c'est le «quoi». Et c'est un échec cuisant.
Ben oui, je ne suis pas le seul dans cette situation. Ben oui, je suis encore jeune. Ben oui, chaque-torchon-trouve-sa-guenille-un-de-perdu-dix-de-retrouvés-c'est-quand-on-ne-cherche-pas-qu'on-trouve. Merci, merci, merci. N'empêche, la vie à deux était depuis longtemps un critère à mon bonheur. Depuis cinq années, je doute de la qualité de ce dernier. Je m'ennuie du mot «heureux».
Après tout ce temps (tut tut tut! cinq ans, c'est beaucoup dans la vie d'un jeune adulte... dans celle d'un trentenaire, ça peut même être la fin du monde!), peut-être pouvez comprendre l'état de panique, l'angoisse qui me noue la gorge et les larmes qui m'inondent les yeux quand je me vois dans un, dix, quinze, vingt, trente ans... seul. Ou peut-être ne pouvez-vous pas me comprendre. Ou peut-être que c'est un mal profond chez vous aussi et que vous aimez mieux ne pas y penser. Dans mon cas, c'est quelque chose que j'ai refoulé sans cesse, espérant que cette crainte, que cette douleur sourde s'en irait. Sauf qu'aujourd'hui, j'atteinds un trop-plein et j'ai bien peur de me noyer.
J'ai rien pour conclure. C'était une tranche de vie, à la limite entre le malheureux et le pathétique. Excusez-le!
Les mots les mots tendres qu'on murmure
Les caresses les plus pures
Les serments au fond des bois
Les fleurs qu'on retrouve dans un livre
Dont le parfum vous enivre
Se sont envolés pourquoi?
- Charles Trenet