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mardi

Black Friday


Vendredi dernier 50% des employés où je travaille ont reçu le couperet du 4%.

Nous ne sommes que deux. Mais c’est quand même ça!

À 16 heures pile le « 4% » a sommé le « 50% », celui du 450, de se joindre à lui derrière des portes closes qui n’auguraient que le malheur… Ce « 50% » ne s’y attendait pas, ne reconnaissait pas les signes, ne sentait pas sa fin. Tel un veau, une brebis… Un homard qui se dirige vers la marmite, indubitablement, ce « 50% » marchait vers le bûcher.

Ce qui est vraiment poche c’est que la préparation au sacrifice aura pris 100 fois plus de temps que le coup meurtrier lui-même. En effet, le 4% avait informé l’autre « 50% » du verdict, il y a deux semaines de cela déjà.

Deux semaines d’hypocrisie et de faux-semblant. Maudit 4% qui voulait sûrement se délester de sa responsabilité d’avoir mal agit en l’engageant d’abord et qui cherchait maintenant l’approbation de l’autre « 50% » pour faire ce qu’il n’avait pu faire plus tôt, c’est-à-dire couper court à la mésaventure.

Mais l’autre « 50% », celui du 514, n’a pas à se plaindre car le véritable moment qui sera un calvaire éternel ne le concernait pas. Vous savez, le tic d’une seconde de se faire expliquer ses erreurs, ses maladresses, le tac de la seconde suivante où l’on entend ce que personne ne veut se faire dire. L’interminable instant où l’on apprend qu’on ne fait plus l’affaire.

Chhhhtak! … Le 4% assène son coup fatal.

Ce moment singulier, il revenait au « 50% » d’à peine 20 ans du 450. Cet instant lui appartenait pour toujours et personne ne l’aura vécu pire que lui.

Du calme plat, la tempête s’est alors déchaînée. Désormais les émotions tanguaient pendant que son corps « désâmé » ramassait frénétiquement les quelques trucs sur son plan de travail. Puis soudainement, peut-être à cause d’un mouvement trop brusque, la barque a chaviré, le « 50% » voulu se retenir mais en vain, il se noya aussitôt dans l’abîme de ses larmes.

Triste fin.

Au moins il n’y a pas eu de témoin, car l’autre « 50% » des employés a choisi de ne pas assister au dernier acte parce que la dignité exige que les étrangers n’aient pas le droit d’assister au spectacle d’un naufrage semblable.

Ainsi seuls les principaux acteurs savent. Seuls eux peuvent raconter la vérité... Ou un mensonge si jugé plus approprié. Qu’en savons-nous? Nous n’y étions pas!

lundi

Au menu ce lundi...

L'autobus nolisé a franchi au milieu de la nuit la frontière étatsunienne, direction Pittsburgh, ville de l'acier, mais surtout "Home of the Pittsburgh's Steelers". C'est la raison qui motive le voyage des quelques 45 hommes à bord (l'unique représentante de sexe féminin étant l'auteure de ces lignes): assister au match de la NFL dimanche, Pittsburgh vs Denver, au Heinz Field stadium, en compagnie de 64 450 autres supporters.

Mais d'abord, les passagers ont faim, c'est l'heure de déjeuner. L'autobus s'arrête devant le restaurant jaune et rouge (et beaucoup brun), fier membre franchisé de la populaire chaîne Denny's (en fait, avec approximativement 1600 succursales à travers les États-Unis, c'est la plus grosse chaîne "full-service" du pays).

Bienvenue dans l'enfer de la cuisine étatsunnienne.

Déjà, en entrant dans la triste pièce qui sert de salle à manger, on sent le cafard nous envahir. Un profond mal-être nous submerge. Ce n'est pas clair, pas précis comme pensée, mais c'est comme si tout à coup on se demandait inconsciemment si la vie vaut la peine d'être vécue, si au fond notre bonheur n'est qu'une illusion, si nos amis tiennent vraiment à nous et si le sommeil éternel ne serait pas finalement la meilleure solution. La salle est exagérément éclairée par des néons, les murs sont recouverts d'une tapisserie datant des années 70, les quelques cadres suspendus n'importe comment aux murs proviennent de toute évidence des déchets domestiques de la banlieue environnante et on serait tenté d'en dire autant des serveuses qui déambulent lourdement entre les tables.

Arrivent les menus. Flamboyants, ultra-colorés, grossièrement illustrés, ils sont effrayants (au sens de frayeur). Chaque plat est décrit par un petit texte en plus d'être photographié en haute définition. Les three crispy sizzling strips of bacon et thick slices of our fabulous sweet grilled golden honey ham sont tous servis avec des mouth-watering fluffy and oversized pancakes loaded of cherry filling et accompagnés d'un mound of country-fried potatos that are covered with our creamy cheese sauce en plus d'être topped with shredded cheddar cheese. Sur l'image, les fameux fluffy oversized pancakes semblent être surmontés d'une boule relativement énorme de crème glacée à la vanille, ce qui nous paraît terrifiant.

Quand la serveuse entre deux âges, exténuée et nonchalante nous garroche nos plats, c'est la dépression profonde qui nous guette. Impossible pour un déjeuner d'être plus gris, beige et gluant. Zéro fruit, zéro petite feuille de salade ou tranche de tomate. Que du sucre et du gras. À regrets, contraints de manger au moins un peu pour survivre, on tâtonne de la fourchette craintivement dans tout cet amoncellement écoeurant. Et alors, c'est la chute, la descente vertigineuse aux enfers, le haut le coeur incontrôlable parce qu'on réalise que la grosse boule blanche sur les crêpes-gâteaux que l'on avait naivement prise de la crème glacée est en réalité une grosse boule de margarine, ou de shortening, ou de saindoux. Aucun convive n'a eu le courage de goûter d'avantage afin de faire la lumière là-dessus.

L'art de commencer la journée du bon pied. Et on a déjà au retour, ce sera l'heure du souper. Et on pourra goûter au New Blackened Steackhouse strip, un tender, juicy 8 oz. strip steak with zesty cajun spices, grilled to perfection (pouvons-nous en douter) and topped with a dollop of our buttery garlic spread and served with etc. etc........

Bon appétit.