En allant de l’avant, vous acceptez que nous démolissons, critiquons, encensons, fustigeons, esquintons, glorifions, magnifions, massacrons les sujets de notre choix. Nous le faisons en connaissance de cause ou non, dans le but de ressasser gratuitement de vieilles opinions, de jeter un œil différent sur des débats actuels, de s’engager avec audace dans des thèmes nouveaux et de partager nos points de vue sur les petites insipidités de la vie. En entrant sur ce site, vous convenez donc que le sérieux et l’érudition de nos propos sont personnels et non sans failles et que, par conséquent, nous sommes ouverts à tout commentaire ou mise au point.

vendredi

Absence

Très chers et nombreux (ben quoi, soyons positifs!) lecteurs.

Isabelle étant à l'extérieur du «pays» et n'ayant pas accès à un ordinateur digne de ce nom, il lui sera impossible de publier son éditorial. Veuillez raccrocher et composer de nouveau. C'était un message enregistré. 819-L.

jeudi

God is an American

Les Oscars. Peut-être la soirée la plus glamour de l’année. Des grosses vedettes, de la paillette, des Kodaks, un immense spectacle avec des moments touchants et des présentateurs qui lisent leur texte sur moniteurs. Beaucoup de tape à l’œil en fait. Tout petit j’aimais bien regarder ce gros-show-qui-finit-toujours-très-tard, j’avais même une permission spéciale pour le regarder jusqu’à la fin. Justement, j’étais petit alors (c’est dire à quel point ça fait longtemps) et je m’étonne aujourd’hui de la fascination avec laquelle des millions de personnes suivent avec passion cette kermesse. En rigolant, on dit parfois que les films américains s’adressent principalement à un niveau mental équivalent, au maximum, à un enfant de 13 ans. La cérémonie des Oscars y fait bien écho. Et pour ma part, je ne suis plus capable d’y voir autre chose qu’un formidable effort promotionnel pour mousser la distribution de films américains à travers le monde.

Pour bien des gens, les Oscars représentent la consécration absolue de tous ceux qui oeuvrent dans l’industrie du cinéma. La star américaine, le directeur photo israélien, le réalisateur coréen ou l’auteur anglais semblent partager ce rêve fou d’avoir sa statuette mythique au-dessus du foyer et d’inscrire son nom dans le grand livre de l’histoire du cinéma. Et en effet, pour plusieurs créateurs, recevoir un Oscar représente probablement l’ultime reconnaissance. Mais pourquoi donc? Parce que c’est gros et sucré? On s’entend tout le monde aime recevoir un prix, c’est bon pour l’ego. Et pour les Américains, c’est un prix qui signifie beaucoup. Mais pour les autres? Outre la promesse d’une grande visibilité et de revenus potentiels supplémentaires, je ne comprends pas en quoi l’Oscar est si fantastique. Un prix de Cannes, de Berlin, de Sundance ou de Venise me semble bien supérieur.
La crédibilité du processus de sélection des gagnants aux Oscars est plus que discutable. Quelques centaines de membres de l’industrie américaine du film ont droit de vote. Commence alors une redoutable guerre où chacun tentera de convaincre un par un ces électeurs de visionner et de voter pour son film. Avec tout ce que ça peut impliquer de pots-de-vin, de passe-droits et d’invitations sur le bras. Mais LA chose qui, pour moi, a définitivement cloué le cercueil des Oscars s’est déroulée en 1998. Cette année-là, le film La vita è bella est en nomination dans six catégories dont meilleur acteur principal, meilleur film en langue étrangère, meilleur film tout court et meilleur réalisateur. Il repartira avec trois statuettes. Je m’étais jusque-là naïvement imaginé que les Oscars étaient l’équivalent des Jutras : un prix récompensant le cinéma national. Mais puisque La vita fut nominé et gagnant dans d’autres catégories que celle du meilleur film étranger, on comprend que, pour toutes les autres éditions, on a considéré que parmi toute la cinématographie mondiale, seuls des films anglo-saxons valaient d’être mis en nomination. Oui, God is an American.

mercredi

Les bonnes intentions

Je fais presque toujours mon épicerie au marché Jean-Talon. J’encourage le petit producteur, j’achète majoritairement bio et sans gras trans.

Mais je mange du McDo.

J’ai refusé de passer les lignes de piquetage de la SAQ, j’ai marché contre le projet Suroît et je n’ai jamais mis les pieds dans un Wal Mart.

Cependant je vais chez McDo.

J’écoute Radio-Canada et Télé-Québec, j’évite TVA et l’empire Québécor Média dans son ensemble. Je pense changer de service de cablôdistribution et de connexion internet parce que j’ai des remords de conscience d’être abonné avec Vidéotron.

Et parfois je m’arrête au McDo.

J’essaie autant que possible de ne plus acheter chez Gap, Levi’s ou Zara, même s’il est impossible de résister à un chandail à 9,99$. Je vise les petites ou grosses boutiques québécoises, les friperies et je vérifie souvent la provenance du vêtement sur l’étiquette.

Toutefois, je m’empiffre au McDo.

J’utilise le transport en commun l’hiver, le vélo et mes pieds l’été. Quand je loue une voiture, je paie un peu plus cher pour avoir un véhicule hybride et épargner un peu notre environnement déjà amoché.

Par contre, chaque fois je m’arrête au service au volant du McDo.

Je boude Renaud-Bray et Archambault, j’encourage Raffin et le Marché du livre. Je trie mon bac de recyclage et rêve de composter même en appartement. Je cuisine Di Stasio, mais jamais Cuisines Kraft. J’encourage comme je peux le cinéma parallèle malgré mes difficultés à me contenir devant un bon blockbuster américain.

Et toujours je me représente devant la caissière du McDo.

La vie moderne de consommation est dure pour les gens de principes!

mardi

Un sans dessin vaut milles maux


Je ne veux pas revenir sur le bien ou le mal de caricaturer Mahomet. Mais, je veux revenir sur les effets que les caricatures ont eus, plus particulièrement sur l’opportunité qu’elles ont offerte à nos classes dirigeantes de manipuler l’opinion publique, de part et d’autre de la planète, et d’influencer l’image qu’une société a de l’autre.

Simplement énoncé, ça donne quelque chose de semblable à cela : le monde occidental s’est moqué du Moyen-Orient; le Moyen-Orient s’est insurgé. Tout surpris, le monde occidental s’est dit choqué, il est alors monté sur ses grands chevaux et a crié haut et fort qu’on n’avait pas besoin d’user de tant de violence. Que c’était exagéré, outrancier! Soit, on n’aurait pas dû rire d’eux mais brûler des ambassades ne peut être que l’œuvre de barbares dévots, dont la religion incite à la violence et non pas celui d’honnêtes gens qui savent bien vivre.

Donc… On fait bien d’être là-bas pour «gendarmer» la paix. Des barbares, il faut les civiliser à tout prix, il en va de notre sécurité à tous, blah blah blah… Blah blah blah! Et finalement pour passer le message, on a des copains en liberté de presse pour dire des lucidités partisanes tout en faisant bien attention de garder sous silence qu’en les «civilisants» on fait la piastre!

Mais quand cela fait mille et une nuit qu’on se sent humilié, froissé, qu’on a l’impression de se faire passé un pipeline et que l’on connaît l’existence du gros «boutte» du bâton uniquement parce qu’on l’a eu sur la gueule, quel autre recours existe-t-il que la violence? La violence est une méthode qui a fait ses preuves au fil des millénaires. Puisqu’elle fonctionne si bien pour résoudre ses problèmes, pourquoi ne pas l’utiliser?

David n’a-t-il pas usé de violence pour se débarrasser du gros Goliath? PAF! Une pierre dans le front et HOP! Plus de problèmes! Dans une allégorie actualisée, Goliath n’est pas géant, mais obèse; n’est pas cyclope, mais fait la sourde oreille et il a le pied sur le gros orteil du petit David, qui s’époumone de douleur. Cependant, le résultat est le même, à la différence que David n’a pas peur de se faire sauter la tronche s’il est assuré que le lardon n’écrase plus personne par la suite.

Bref, on les provoque et l’on s’indigne ensuite de leur réaction! On trouve ça extrême, parce qu’on n’est pas habitué nous, de brasser comme ça. Mais moi je dis bravo! J’ai entendu un peuple réagir avec un cri du cœur révélateur, pas juste en se mordant la langue ou bien en vociférant des insultes muettes devant la télévision syntonisée en permanence sur le même poste qui répète les mêmes nouvelles toutes les 15 minutes. J’ai vu la fougue d’une passion ardente empreinte de sincérité qui a tout consumée sur son passage.

Par opposition, l’appel à la paix, lui, est un processus marqué par les compromis, les sous-entendus, les promesses brisées, la manipulation et les intérêts conflictuels. La paix, souvent revendiquée par ceux qui oppriment et qui abusent, nous est présentée comme l’alternative correcte à la violence. Mais elle a aussi pour l’abuseur, l’effet secondaire plutôt sympathique de lui permettre de continuer sa crosse pendant tout le processus de négociation. De cette façon, on nous dit de se calmer le pompon aussitôt qu’on n’est pas d’accord pour vendre une montagne en Estrie et, pire, on parvient même à nous convaincre qu’on a tort d’être en beau fusil.

Les Bougons qui nous dirigent cultivent depuis longtemps cette léthargie intellectuelle, cette mollesse culturelle face à leur manque de respect. Parce qu’ici, bien qu’enfin libéré du carcan religieux, ici, quand on se moque de nous, quand on nous ment en pleine face et qu’on abuse de notre confiance; on s’indigne. On marmonne. On tend l’autre joue!

Tandis que là-bas au Moyen-Orient, enturbanné, voilé, mais passionné, quand on les dérange, ils descendent dans la rue, brûlent nos drapeaux, saccagent nos ambassades et le message est clair : niaise moi pas une autre fois, parce que moi si tu me gifles, ma religion ne me dit pas de tendre l’autre joue, elle me dit de te couper la main!

lundi

Éloge de la paranoïa

On voulait donc qu’un drame survienne. On y a presque cru avec le virus du Nil ou encore avec l’épidémie de SRAS. Mais non, rien à faire, pas de tragédie nationale pour le Québec. Non monsieur, pas de danger que ça nous arrive à nous. De toute façon, c’est bien connu, c’est toujours les mêmes qui ont tout. Notre dernière catastrophe, nous, remontait au verglas de 1998. Ah qu’elle était catastrophique, notre catastrophe! Une couverture médiatique continue, 24h sur 24h, des mises à jour toutes les heures, des images chocs, des envoyés spéciaux dans le dangereux triangle noir, des reportages troublants avec plein de vrai monde qui pleure. Et que dire de la présence de l’armée. L’Armée, la vraie, avec des soldats, des grosses tentes vertes, des jeeps et des camions. La calamité aura fait 22 morts. 22 personnes à la grandeur de la province qui ont trouvé la mort dans des circonstances dramatiques. Tout comme la tragédie précédente, le déluge du Saguenay (qui a failli, comme tout le monde le sait, rayer définitivement la région de la carte du Québec), c’était vraiment l’Apocalypse. Depuis, rien. Le calme plat. On commençait à désespérer, on n’y croyait plus. On ne l’aurait donc jamais, nous, notre crise nationale…Nous étions résignés.

Philippe Couillard a senti cette lassitude. Il nous a trouvé une belle solution, un sujet en or, un beau cataclysme servi sur un plateau d’argent : ses prévisions quant à la possible épidémie de grippe aviaire. Bon, pour l’instant, aucun pays d’Amérique n’a été touché et le virus ne semble pas se transmettre d’homme à homme…mais nous avons toutes les raisons, bien entendu, de prévoir le pire. On ne parle pas d’une épidémie, non, on parle d’une pandémie. Le mot pandémie à lui seul suffit pour nous faire frémir. Alors imaginez s ‘il est suivi d’une appellation scientifique : PANDÉMIE DU VIRUS H5N1! Selon les prévisions du bon docteur Couillard, la première vague de la pandémie (brrr) pourrait, en huit petites semaines, contaminer 35% des québécois et causer 34 000 hospitalisations et 8 500 morts. Pour convaincre les plus rébarbatifs, il a même prévu un autre scénario catastrophe faisant 50 000 décès! Qu’attendons-nous pour paniquer? Juste d’y penser, je commence à cracher du sang.

Je n’ai pas compris l’attitude des montréalais ce samedi. Ils étaient des milliers à déambuler nonchalamment dans les rues de la ville, sous prétexte qu’il faisait beau et chaud. Mais personne n’a donc conscience du danger? En agissant de la sorte, nous laissons aux poulets le loisir de se préparer à nous exterminer et à prendre peu à peu le contrôle de la planète. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : la victoire de la volaille sur la race humaine, rien de moins. Bientôt, on ne pourra plus sortir impunément de nos chaumières. Dans chaque coin sombre des ruelles, il y aura une poule terrée dans l’ombre, les yeux injectés de sang, le bec recouvert d’écume, les griffes mortellement acérées, entraînée à devenir une machine à tuer et qui attendra une innocente victime puis qui ne laissera aucune chance à sa proie. Il m’arrive maintenant de regarder mon enfant paisiblement endormi et de me demander à quoi j’ai bien pu penser de le mettre au monde, de le livrer ainsi en pâture aux volailles sanguinaires.

J’ai une tante qui ne savait plus quoi faire de toutes ces conserves qu’elle avait stockées pour faire face au virus du Nil puis au SRAS…La voilà bien servie! Le spectre de la pandémie arrive ainsi juste à point pour toutes ces personnes qui n’avaient plus de raison de craindre la fin de l’humanité.

Et peut-être qu’au fond, c’est exactement ça que faisaient ces montréalais dehors samedi dernier. Une dernière marche, un adieu funèbre à la ville, à la vie. Comme un dernier affront à la fatalité, une sorte d’hymne à la vie, une façon de dire oui, nous savons que nous allons tous mourir; mais nous nous accrocherons jusqu’à la toute dernière minute à cette vie qui nous sera très prochainement enlevée malgré nous.